Humans,  Maternité

Relation Au Corps : Mon corps, ma fierté

Aujourd’hui, pour poursuivre notre dossier de l’été, nous accueillons quelqu’un que vous commencez à bien connaître par ici : Alex’, notre maman de l’équipe.
Elle a accepté de se dévoiler un peu plus à travers ce portrait…un exercice difficile, mais réalisé – vous le verrez – avec brio !


Team Jaïne&Co : Quelle relation entretiens-tu avec ton corps à l’heure actuelle ? Est-elle plutôt conflictuelle ou sereine ?

Alex : J’ai une relation qui a toujours été assez compliquée avec mon corps, jamais sûre de moi et centrée sur mes complexes. Mais aussi étonnant que cela puisse paraître, depuis que je suis devenue maman je m’accepte beaucoup plus. Ce n’est pas l’amour fou – qu’on se le dise – mais je suis moins concentrée sur mes complexes. Je vois l’enveloppe globale et je “fais avec” ce qui me dérange.

Team Jaïne&Co : Avais-tu des complexes particuliers avant de tomber enceinte ? Te souviens-tu de leur(s) origine(s) ?

Alex : Oui, j’en avais quelques-uns ! Ils viennent pas mal du regard des gens ou des remarques franches qu’on se prend dans la face…
Après il y a aussi les “normes” que la société impose : il faut être grande, fine, musclée, ventre plat, poitrine généreuse, fesses galbées… Bref de quoi se trouver difforme, même lorsque l’on répond plus ou moins aux diktats de la société.

Pour ma part, j’ai toujours eu une mini poitrine, une petite bouée sur l’abdomen, des hanches développées. Depuis mes 11- 12 ans, avec la prise de poids rapide allant avec la puberté, j’ai des vergetures plein les cuisses, les fesses et les hanches. Autrement dit, pas vraiment l’idéal pour s’accepter au moment où le corps change, et où les hormones déboulent en masse. À ce moment là, on veut être dans la norme (mais commencer à plaire aussi), on se fie donc au regard des autres pour voir l’image que les gens ont de nous. Cela nous définit un peu à cet âge délicat. Ceci dit, je pense que c’est d’autant plus dur pour les filles que pour les garçons, car il y a plus d’exigence et de critères à respecter pour répondre aux “normes”. Il y a le regard du sexe opposé mais aussi celui des filles entre elles, qui peut être pire encore en se voyant comme des rivales.

Team Jaïne&Co : Au-delà de la joie immense que l’on ressent en apprenant l’arrivée d’un enfant, pense-t-on rapidement au changement corporel qui nous attend ?

Alex : Pour ma part, j’étais vraiment impatiente de voir mon corps changer ! Mis à part la finalité de la rencontre avec bébé, je voulais me voir avec un ventre bien rebondi avec lequel j’aurais du mal à atteindre mes lacets ! Personnellement, je trouve que cela va de pair avec la maternité. Ce n’était pas une envie d’essayer de prendre le moins de poids possible. Je m’en fichais royalement si au final je finissais avec 20 ou 30 kg de plus, 9 mois après ! Bon après bien sûr, pas question de les garder (en tout cas, éliminer le plus gros).

©Ignacio Campo, Unsplash

Team Jaïne&Co : Comment te sentais-tu au cours des derniers mois de grossesse ? Quelle image a-t-on de soi à ce moment-là ?

Alex : Mes deux grossesses, ce sont vraiment les périodes que j’ai préféré. Déjà j’ai fait de l’anémie tout du long. C’est comme ça d’ailleurs que je me rends compte que je ne suis plus toute seule.

Du coup, au bout de plusieurs mois de fatigue intense, je m’y suis accoutumée. C’était plus supportable qu’au début de la grossesse où j’étais vraiment HS physiquement. Ensuite on sent bébé bouger plusieurs fois par jour (c’est vraiment une sensation exceptionnelle !), on est “épanouie” physiquement (niveau poids *rires*) et mentalement.
Au terme de la grossesse, tous les jours on en profite avant que cela se termine du jour au lendemain, car bébé peut se décider à débarquer quelques temps en avance. Il y a aussi l’impatience de tenir ce petit être dans nos bras, de faire sa rencontre et de voir ENFIN son visage que l’on essaie de s’imaginer. Enfin nous allons à qui il va ressembler !

Après – en effet – on se sent imposante, on a dû mal à faire ses lacets, même à s’épiler les jambes ! Pour dormir, j’en parle même pas ! Le coussin de grossesse/ allaitement m’a permis de tenir en grappillant quelques heures de ci de là.

Team Jaïne&Co : Que faisiez vous pour prendre soin de lui (corps) ? De vous ?

Alex : Franchement, les meilleurs “soins” pour une grossesse : le sommeil et la nourriture ! C’est encore plus important que d’ordinaire. Après, j’aimais m’habiller pour mettre en valeur ce nouveau corps avec une poitrine généreuse et un ventre plus que rebondi ! Donc mettre une robe près du corps ou un top un peu échancré était un de mes plaisirs de maternité.
À partir de la fin du 1er trimestre de grossesse, je faisais participer le futur papa pour qu’il applique de l’huile d’amande douce sur mon ventre tous les soirs. Déjà ça lui permettait de “partager” un bout de ma grossesse et de voir l’évolution jour après jour, ensuite ça m’a évité énormément de vergetures. J’en ai eu quelques unes, mais rien de bien méchant (beaucoup moins qu’à la puberté !). Et enfin cela nous faisait un moment de partage avant d’aller se coucher, encore plus appréciable lorsque bébé en profitait pour se manifester sous les mains du papa.

Team Jaïne&Co : La société a tendance à désexualiser/rendre le corps de femme enceinte moins désirable. Comprends-tu ? Qu’en penses-tu ?

Alex : C’est tout l’inverse pour moi ! Il n’y a rien de plus beau qu’une femme qui porte la vie avec des formes généreuses, de belles courbes, et d’ailleurs je me sentais plus femme que jamais lors de mes deux grossesses ! J’ai adoré ce nouveau corps de femme et si je le retrouve un jour, je le chérirai encore une fois ! 

Team Jaïne&Co : Peux-tu nous décrire les sensations que l’on ressent au moment de l’accouchement ? Je sais qu’il est difficile de mettre des mots sur une telle expérience, mais je suis tout de même curieuse et je pense que nos lecteurs/lectrices aussi.

Alex : Pouh ! Comment expliquer…J’ai eu deux accouchements assez différents…Personnellement, le plus dur c’est de tenir dans la durée, les heures de douleurs intenses sont éreintantes.

Pour mon premier bébé il y a eu environ 14h de travail en tout, avec une péridurale qui a fonctionné moyennement. Le deuxième, avec 6h de travail à tout casser et pas de péridurale. Donc douleurs plus fortes pour mon dernier, mais aussi plus brèves donc j’en garde un meilleur souvenir. Dans tous les cas, la souffrance va crescendo, il y a un moment où je ne maîtrisais plus mon corps.
On sent que tout notre corps contribue à l’expulsion de quelque chose de lourd. Il se crispe, c’est vif et intense. Je ne parle même pas du passage de la tête avec le fameux “cercle de feu“, ni de la phase de désespérance où on a envie que tout s’arrête. Mais cela signifie que la rencontre avec bébé est imminente alors c’est vite derrière nous ! On a d’yeux que pour cet être tant attendu et déjà tant aimé.

J’aimerais aussi ajouter que la présence du papa à nos côtés est vraiment d’un grand soutien, surtout s’il s’investit dans cette dernière ligne droite.

Team Jaïne&Co : Quel rapport a-t-on avec son corps après cet événement ?

Alex : C’est sûr que mon corps est assez amoché après ces événements : nouvelles vergetures, hanches encore plus larges, poitrine d’après allaitement et ventre un peu plus bombé qu’auparavant. Finalement toutes les zones de mon corps qui me complexaient à la base ont été amplifiées par ces grossesses.
Mais je suis beaucoup moins focalisée dessus qu’auparavant. Je m’y suis plus ou moins faite et surtout – maintenant que j’ai réalisé mon rêve le plus cher d’être maman – je me dis que c’est le faible prix à payer pour l’avoir exaucé. Je considère aussi que c’est un peu (excusez mon expression je ne trouve pas de mots plus appropriés) mes “cicatrices de guerre”. Elles racontent mon vécu et maintenant, tout ça fait parti intégrante de mon corps et donc de moi ! 

Team Jaïne&Co : Qu’aimerais-tu dire aux futures mamans ?

Alex : J’aimerais d’abord leur dire de se lancer dans cette aventure lorsqu’elles se sentent vraiment prêtes ou quand elles ont vraiment l’envie profonde de devenir maman. Pas de le faire pour être comme tout le monde ou céder à la pression mise par la famille ou les amis ; ou même faire « plaisir » à un homme. Cela  peut paraitre bête et moralisateur mais certaines personnes font ça sur un coup de tête, sans se rendre totalement compte qu’un enfant c’est pour la vie.

De plus, de nos jours, la pression est assez forte pour devenir maman avec les fameux « Alors ? C’est quand que vous nous faîtes un petit ? », ou même lorsque tu viens d’accoucher « C’est bon t’es prête pour le deuxième ? ». Déjà c’est privé. Les gens ne savent pas si la personne en face est réfractaire à cette idée ou si elle a eu un passé compliqué (fausse couche, avortement… ou autres). C’est quelque chose que je trouve d’assez délicat personnellement, surtout lorsque c’est demandé devant une assemblée.

Pour les futures mamans, je leur dirai de se faire confiance, de ne pas hésiter à aller dans des groupes de femmes enceintes où il peut y avoir une entraide, ou de parler avec des mamans de leur entourage en cas de questionnements, doutes, conseils… Il faut prendre bien soin de soi, sa santé et de son bébé du coup. Impliquer le papa autant que possible et déléguer aussi ! Essayer de préparer un maximum de choses avant l’arrivée du bébé : la chambre, le siège auto dans la voiture, la valise de maternité et dormir le plus possible, surtout les derniers mois de la grossesse.

À la maternité, prenez le temps de profiter de l’arrivée de votre enfant (en salle d’accouchement) durant les 1,2, 3h consacrées à votre surveillance et vos soins post-accouchement ; pour vraiment vous mettre dans une bulle rien que vous, le papa et le bébé. C’est vraiment un des moments les plus magiques de votre vie et ça restera gravé dans votre mémoire.

Dans votre chambre de maternité, usez de votre droit de ne pas accepter toute votre famille ou tous vos amis au berceau du nouveau-né. Vous aurez besoin de vous reposer tout comme votre petit. Il y a déjà assez de visites de soignants tout au long de la journée et de la nuit ! Prenez conseil auprès des auxiliaires de puériculture et des sages-femmes sur tout ce qui vous préoccupe : le poids de bébé, l’allaitement, les positions pour le faire manger, le bain, le change…

Et enfin, au retour à la maison, faites-vous aider par le père ou quelqu’un de confiance : famille, ami, voisinage ; en cas de grosse fatigue de votre part ou de crises de larmes interminables du bébé. Ne restez pas seule dans ces moments-là, ou alors posez votre enfant dans son lit en sécurité et allez dans une pièce voisine pour souffler un bon coup quelques minutes. Pour le reste, prenez soin de vous, prenez du temps pour vous en déléguant au papa ou aux grands-parents le temps de quelques heures. Profitez de votre tout-petit, immortalisez ces instants de bonheur (cela passe tellement rapidement) et surtout faites-vous confiance !


Merci Alex’ pour ce portrait bienveillant et déculpabilisant !
Retrouvez prochainement notre rédactrice pour un nouvel article sur le blog.
Quant à nous, nous mettrons un point final à ce dossier de l’été courant août. J’ai hâte que vous découvriez nos dernières interlocutrices !

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