Humans

Relation Au Corps : Mon corps, ma priorité

Lorsque j’ai entamé ce dossier dédié au corps, j’ai tout de suite eu envie que Constance – déjà reçue pour inaugurer la rubrique Humans – participe à ce projet.

Elle est belle, drôle, brillante, pleine de sagesse. C’est une jeune femme qui entreprend et réussit : tout ce que l’on adore chez Jaïne&Co.
Notre amitié m’a permis d’aborder avec elle des questions plus intimes et importantes. Voici son témoignage.


Team Jaïne&Co : Peux-tu nous dire quelle relation entretiens-tu avec ton corps à l’heure actuelle ? Est-elle plutôt conflictuelle ou sereine ?

Constance : Alors, je dirai que ma relation avec mon corps aujourd’hui est assez positive. Je me sens à l’aise avec celui-ci. Je pense que le fait que je “rentre dans les normes” de la société aide aussi, pour être totalement honnête. Néanmoins, ma relation avec celui-ci n’a pas toujours été évidente, bien au contraire. Aujourd’hui, je fais très attention au langage que j’utilise pour mon corps, j’ai (presque) totalement arrêté de me dire “Tu es moche” quand je vois mon visage fatiguée dans le miroir. Je pense que notre dialogue interne joue un rôle déterminant dans notre vision de celui-ci. Tout se joue sur la bienveillance qu’on apporte à notre corps, c’est un travail mental au quotidien !

Team Jaïne&Co : Comment as-tu vécu la puberté et toutes les transformations physiques/hormonales qu’elle génère ?

Constance : J’ai toujours été assez grande et élancée (en tout cas, c’est comme ça que le monde me voit), mais j’ai toujours eu tendance à avoir des formes au niveau des cuisses et des fesses. Quand j’étais plus jeune, je ne faisais pas spécialement attention à ce que je mangeais, donc forcément, les kilos partaient directement dans ces zones là. J’ai énormément complexé sur cette partie de mon corps quand j’étais au collège, si bien que je détestais mettre autre chose que des jeans.

Si ma mémoire est bonne, je crois me souvenir avoir eu de l’acné également, mais rien de très excessif. Légère acné qui revient évidemment tous les mois pendant quelques jours.

Vers mes 16 ans, j’ai pris conscience de mon alimentation, j’ai donc totalement stoppé le Nutella (ô désespoir). Le changement a été très visible et j’ai commencé à aimer mon corps à partir de là. Je tiens à préciser qu’il ne s’agissait pas d’un régime mais juste d’une “conscientisation”. C’est également à cette période que j’ai commencé la pilule. Avec le recul, les hormones m’ont fait prendre du poids, surtout au niveau de la poitrine. C’est seulement après avoir arrêté la pilule que j’ai retrouvé ma poitrine naturelle, je la préfère de loin aujourd’hui !

© Funky Feminist, Pinterest

Team Jaïne&Co : As-tu des complexes ? Saurais-tu dire/te souvenir de leur(s) origine(s) ?

Constance : Après une longue période pendant laquelle j’ai travaillé sur l’acceptation de mon corps, je suis heureuse de ne plus avoir de gros complexe physique aujourd’hui. Je refuse même catégoriquement cette pression sociale.

J’ai, cependant, eu deux gros complexes dans ma vie : mes seins et mes cuisses (comme la plupart des femmes je pense).

J’ai toujours eu des petits seins et ils ont longtemps été un complexe, surtout pendant le lycée. À vrai dire, je n’avais jamais vraiment prêté attention à ma poitrine avant que mon premier petit copain me le fasse remarquer (très subtilement) à notre séparation. Donc j’ai passé la période de mes 14/17 ans avec des push-ups.

Aujourd’hui, je travaille à domicile donc autant dire que je n’ai pas mis de soutien gorge depuis très longtemps et je ne compte plus en mettre du tout ! D’ailleurs, j’ai également arrêté de me maquiller (ou c’est assez rare) et je préfère de plus en plus mon visage au naturel, même fatigué.
Comme je le disais, c’est suite à une modification de mon alimentation que j’ai commencé à vraiment adorer mes formes. Étant assez fine, j’ai des hanches très marquées et des bonnes fesses/cuisses, je sais donc pertinemment que j’ai un corps très facilement sexualisé. Donc oui, je fais toujours attention à mes vêtements quand je sors. Je ne m’interdis rien non plus, mais j’ai conscience de l’image qu’ont les gens (surtout les hommes) de mon corps.

Team Jaïne&Co : Penses-tu que ton entourage et/ou que la société ont été vecteurs de complexes ? De manque de confiance en toi ?

Constance : Comme pour toutes les femmes (et les hommes), oui bien-sûr. On a toutes entendu des “Tu as pris du poids” ou “Tu ne manges pas assez en ce moment”.
Étant mince sur le haut du corps et plus “thick” (large) à partir de mes hanches, j’ai entendu les deux. 

Quand la télévision te dit d’avoir des formes, les magazines te donnent des recettes minceurs. Il y a de quoi être schizophrène. 
Même si je peux encore avoir tendance à me trouver des défauts, j’ai conscience que les remarques extérieures ne sont ni plus ni moins que des projections d’insécurités.
Avoir ce recul m’a vraiment permis de me réapproprier mon corps.

Team Jaïne&Co : Comment le vis-tu ? Arrives-tu à te détacher de ces remarques ? Si oui, comment ?

Comme je le disais, c’est à partir du moment où j’ai décidé de me détacher des projections extérieures que j’ai commencé à voir mon corps comme un allié, voir un ami ! J’ai également plus d’une fois remarqué que tout part de l’intérieur. Notre vision de nous-même, de notre corps et de notre réalité rayonne sur notre environnement. Si je vibre l’idée selon laquelle j’aime mon corps, je ne permets pas au gens de le commenter inconsciemment. C’est très largement testé et approuvé ! Aujourd’hui, je n’accepte plus aucune remarque dégradante ou négative d’autres personnes sur mon corps. Pour l’anecdote, un mec m’a une fois fait une remarque sur mes poils pendant un moment intime. Je suis partie de chez lui et je ne l’ai plus jamais rappelé. C’était le jour de la Saint Valentin.

© Super Fitness, Pinterest

Team Jaïne&Co : J’ai la chance de te connaître dans la vie puisque nous sommes amies ; et parmi les nombreux points que j’admire chez toi : ta distanciation avec le regard d’autrui. Tu acceptes de ne pas être parfaite et de ne pas correspondre/suivre/te plier aux diktats de la société. Je pense notamment à la question de l’épilation (lisse, drastique). Sujet épineux et tabou, j’ai à cœur d’en parler avec toi et d’avoir ton point de vue sur la question.

Constance : Un seul mot : CÉ-LI-BAT ahaha ! 
Je pense qu’il est important d’utiliser cette période pour se demander dans “quel corps” on se sent le mieux et le plus confortable.

Mes croyances spirituelles ont également eu un impact sur ma vision du corps. Notre corps est notre véhicule dans cette vie. À aucun moment, il ne s’agit d’une propriété publique sur laquelle la société à un quelconque droit de regard.
Il est évident que toutes les modes et les diktats ne sont qu’un moyen de nous faire consommer et dépenser de l’argent. Je pense qu’il est important de remettre ça en question, surtout aujourd’hui.

Bien sûr, je prends soin de mon corps, il m’arrive encore très régulièrement de me raser (jambes, aisselles etc…). Mais quand je fais ça c’est toujours pour moi, jamais pour l’autre. D’ailleurs, oui, j’ai bien dit raser. J’en ai assez de cette normalisation de la douleur chez les femmes. Oui, s’épiler fait mal et clairement, je n’ai pas envie d’imposer ça à mon corps. J’ai 21 ans, je ne suis jamais allée chez l’esthéticienne et je vous assure que tout va bien dans ma vie. Oui, je fais mes sourcils seule telle une guerrière des temps modernes avec ma pince à épiler, et je trouve que je ne m’en sors pas trop mal ! Je suis ma propre priorité et aucun homme (j’ai oublié de préciser, je suis hétérosexuelle) ne peut faire de moi sa poupée gonflable. Pour parler plus crûment, je pense que le dégoût des hommes pour les poils sur le corps des femmes est le reflet d’un lavage de cerveau made by PornHub.

Encore une fois, je considère toujours l’autre évidemment, mais ses “goûts” ne sont en rien déterminants. De mon point de vue, l’épilation intégrale est assez malsaine. J’ai vraiment l’impression d’avoir 4 ans et je pense qu’il ne s’agit ni plus ni moins d’une volonté de la société d’infantiliser (encore une fois) les femmes. Avoir des poils, des vergetures et des formes fait partie de la vie, c’est ce qui fait de nous des femmes.

Donc non, notre vie sexuelle n’est pas une film porno. Donc oui, le respect n’est pas une option.

Team Jaïne&Co : Autre sujet tabou, que tu as d’ailleurs évoqué sur ton podcast avec brio : les nudes. Pourquoi te semblent-ils importants ?

© Constance Chenot

Constance : Alors, attention, en aucun cas faire des nudes est important selon moi. En tout cas, il ne s’agit en rien d’une obligation. J’ai cependant décidé de me réapproprier cet “outil” pour vaincre mes complexes. C’est juste une occasion pour célébrer mon corps ! Je précise également qu’un  nude n’a pas à être envoyé, faites des nudes pour vous même (oui, oui, vous avez bien lu) ! Personnellement, quand je fais des nudes j’essaie toujours d’assimiler ça à de la photographie artistique. En tout cas, un nude n’a pas à avoir de connotation sexuelle. Je sais qu’au début cela peut paraître intimidant, mais c’est un excellent moyen de voir son corps d’une autre façon.

Team Jaïne&Co : Appréhendes-tu le temps qui passe ainsi que ses effets internes et externes sur le corps ?

Constance : Mmmh bonne question … Honnêtement j’essaie de ne pas trop me concentrer sur ce que pourrait potentiellement être mon corps d’ici quelques années. Je pense, qu’encore une fois, c’est un piège dans lequel la société veut nous faire tomber pour consommer toujours plus. On voit de plus en plus, par exemple, des soins du visage pour de très jeunes adolescentes avec le message suivant : “Si tu ne t’occupes pas de ta peau, tu auras des rides à 30 ans”… On va dire qu’aujourd’hui je me concentre sur l’acceptation de mon corps au quotidien, en espérant ne pas perdre cette habitude d’ici quelques années !

Team Jaïne&Co : Quel(s) message(s) aimerais-tu transmettre à travers ce portrait ?

Constance : Je pense que le principal message à retenir de mon portrait serait que parfois, il est primordial pour notre santé mentale de remettre en question certaines “injonctions” de la société, surtout en rapport avec le corps féminin. C’est un message qu’on commence à entendre de plus en plus, surtout sur Instagram, mais rien n’est encore acquis. Il faut encore diffuser cette idée, surtout pour les plus jeunes. Rien n’est plus important que la bienveillance avec soi-même et je dois avouer que je suis encore parfois trop difficile avec moi-même. Dans tous les cas, nous avons déjà toutes les clés en nous et nous sommes déjà nés parfaits. Et si on s’écoutait un peu plus ? Si on regardait un peu moins la télévision ?


On ajourerait même : “Et si on arrêtait de se comparer et de se complexer avec Instagram, Facebook…en somme, avec toutes ces images globalement dépourvues de réalisme ?”.

C’est sur ces interrogations que notre entrevue avec Constance se clôture. Un grand merci pour le temps que tu nous as accordé et pour les messages forts véhiculés.
Vous pouvez la retrouver sur son podcast Let’s Talk About : à dévorer sans modération !

3 commentaires

  • Ivana

    Super article que toutes les femmes devraient lire (et les hommes bien sûr). J’adhère totalement aux mots de Constance, les femmes ont le droit de choisir qui et comment elles veulent être. J’ai adoré la phrase de fin, on suit beaucoup trop tout ce qui se dit autour de nous, même inconsciemment… Il y a un réel travail à faire sur notre rapport aux règles de la société, dont il faut apprendre à se déconstruire… Et cet article aidera beaucoup à cela ! Merci à vous ❤️

  • Kenza🍍

    Très bel article. 🍍
    C’est quand même dingue de voir que la plupart du temps, c’est les remarques de notre entourage, ici l’ex , qui créent des complexes ou du moins qui participent à les voir encore plus..

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